Les battements d’un compteur : #2 Les cernes du desir

« Je le sais, Alicia. Je le sais que c’est déjà gagné.»

La crème parfumée, Extase de Nina Ricci. Le mascara. Les lèvres pulpeuses. Les cheveux soignés. La robe que j’ai délicatement choisie.

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Terre de Haut

Brel disait que l’enfance était quelque chose de quasiment géographique. Un lieu.
Mon enfance est ici. Terre-de-Haut.
J’ai rouvert la cage pour que mes souvenirs se ravivent. Le temps érode ma présence ici et il faudra bientôt les sceller à nouveau. Mais pour l’heure, tout me revient :

Le soleil, ici, se lève à 6h00 car il est pressé d’éclairer ce joyau qui serti l’océan. Il se couche à 17h30 car une fois la nuit tombée, des étoiles criblent le ciel et c’est un spectacle tout aussi mirifique.
Ce sont les « bêtes-à-beau-temps » qui viennent informer de la météo du lendemain, ou plutôt confirmer qu’il fera soleil de plomb et pétole sur l’eau. 
Alors, bien entendu, j’ai toujours eu conscience de la beauté du lieu, mais pas toujours de son exception : hier j’ai ramené ma grand-mère de 82 ans, assise en amazone derrière mon scooter, et, chemin faisant, nous avons croisé une autre grand-mère conduisant un autre scooter : Je parle de ce genre d’exception.
Terre de haut a fait du progrès une coquetterie : elle y picore pour éterniser sa jouvence, mais elle puise la source de sa candeur dans son attachement indéfectible à ses traditions. 

Les canots des pêcheurs partent toujours à l’aube même s’ils sont de moins en moins nombreux.
Evidemment, il y a les scooters, les voitures électriques, la vie chère, etc. Mais l’endroit est rescapé de la frénésie sociétale que je m’en vais retrouver dans quelques jours. 

A évoluer ainsi sur la terre de mes aïeux, il s’est produit une chose. 
Si je devais l’expliquer, je parlerais de la conscience d’un héritage. 
J’ai pris conscience que je devais une part de ma vie à ce lieu, sans savoir quand ni comment m’y consacrer. 

Je ne parle pas seulement de l’héritage familial au sens « notarial ». Ici, ceux qui cherchent à se rappeler de moi m’identifient comme étant le fils de mon père ou de ma mère. Et du respect manifeste qu’ils leurs confèrent, nait un accueil d’une chaleur touchante. 
Florilège :

« Tu es devenu un si bel homme » (preuve que j’étais bien moche avant)

« Je suis très contente de voir ici. Mais va bronzer, t’es blanc comme la chatte à Blanche-Neige » (je n’invente rien, je traduis juste le créole.

« Il est urgent de se boire un ti-punch pour fêter ton retour. Faut faire vite vu que tu ne restes pas longtemps »
Si ce lieu est un héritage, je me dois de le préserver avant de m’en occuper un jour : 
Roulant sur l’île en scooter, je me suis mis à y penser : tant que mon dos sera orphelin de bras pour l’étreindre, alors il ne sera pas encore temps de revenir. Je parle d’étreintes à l’échelle de la vie. 
L’on ne va au nid qu’avec sa progéniture et sa moitié. Et en un sens, je suis satisfait de ces longueurs. J’ai toujours considéré que je ne mettrais qu’une seule femme à la table de mes parents. Et j’ai échoué (Aparté : A toi qui est la seule à avoir jamais partagé les bras de ma famille, je n’ai que tendresse pour toi. L’amour que je te voue est intact même s’il ne permet plus les mêmes promesses. Sois en certaine : J’ai échoué à la promesse que je m’étais faite, mais tu n’y es pour rien), mais il me reste encore la virginité du lieu. J’ai encore la possibilité du choix de la personne que je ramènerais ici. J’ai encore une promesse d’éternité à tenir.

Je m’y emploierais de toutes mes forces. 
Il n’y a aucune négation de Nantes dans l’amour de Terre-de-haut : J’aime l’une comme une mère, et l’autre comme une épouse. Il n’y a aucune hiérarchie. J’ai besoin des deux. 

J’écris ceci tandis que le soleil fuit Terre-de-bas, incendiant le ciel qui déjà s’obscurcit, derrière Marie-Galante.

« Enculés d’aliens ! Rendez-moi ma meuf ! »

Quand j’y repense, j’ai vraiment fait la gonzesse, mdr.

Je me souviens que l’on s’est rencontré le 04 mai. Jour de mon anniv. Je me suis dit que c’était un signe. Les planètes étaient alignées, les éléments s’étaient organisés, la terre entière avait comploté pour que notre rencontre se produise.

La meuf est arrivée, avec ses bouclettes, là, ses yeux noirs, sa petite bouille de poussin, et elle m’a lancé « Tony ? »

Je me suis retourné pour voir le mec dans mon dos à qui elle parlait. Mais non. Elle était bien venue pour moi.

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Pangolin.

C’est dans les flammes orangées qui sautillent sur un matelas de braise; c’est dans la voix qui augmente pour appuyer l’effet comique d’une vanne potache nulle ; c’est dans les bises de l’inconnu bienvenu qui débarque au barbeuc; c’est dans les esclaffades; c’est dans les regards qui savent mais qui se fuient;

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